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Lycée de Saint-Denis : accusations, polémiques et PPI
Le lycée Suger de Saint-Denis a été le théâtre de vandalisme mardi 7 mars © DR

Lycée de Saint-Denis : accusations, polémiques et PPI

Alors que des émeutes ont eu lieu dans un lycée de Seine-Saint-Denis, le torchon brûle entre Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et Najat Vallaud-Belkcam, ministre de l'Education nationale.

Mardi 7 mars, le lycée Suger de Saint-Denis (93) a été le théâtre de violences, avec des jets de pierre et de fumigènes et des incendies de poubelles dans l’enceinte de l’établissement. Après l’évacuation du lycée, effectuée dans le calme, entre « 80 à 100 jeunes », selon une source policière, ont pris la direction du centre-ville. Sur leur chemin, « ils ont caillassé des policiers, incendié des poubelles et détruit du mobilier urbain », selon cette source qui a évoqué « des reliquats de l’affaire Théo ». Les autorités, qui privilégiaient initialement la thèse d’une manifestation qui a dégénéré, pensent désormais qu’un appel à « casser » diffusé sur les réseaux sociaux est à l’origine des violences.

François Fillon, candidat de la droite à la présidentielle, a dénoncé mercredi "une véritable émeute, suivie d'une guérilla urbaine", tandis que Marine Le Pen, candidate du Front national, a critiqué une "réaction minimale" du gouvernement. Najat Vallaud-Belkacem a rejeté les accusations de laxisme de la droite et de l'extrême droite après les violences près de lycées en Seine-Saint-Denis, accusant jeudi l'opposition de "jeter de l'huile sur le feu" et de "souffler sur les braises".

Le ministre de l'Education nationale a rappelé avoir renforcé la sécurité autour de plusieurs lycées de Saint-Denis, notamment le lycée Suger, après "l'intrusion de casseurs qui ont semé la terreur" mardi matin, munis de barres de fer et de fumigènes.
Elle avait d'emblée condamné "avec la plus grande fermeté" ces faits "absolument inadmissibles", a-t-elle rappelé, soulignant que la police a "fait son travail" en interpellant 55 jeunes ensuite placés en garde à vue. Parmi eux, cependant, seuls huit ont été présentés à la justice ce jeudi, les autres étant relâchés.
"Je ne suis pas dans la médiatisation, je suis dans le travail, dans l'action", a-t-elle ajouté, lançant une pique contre la présidente Les Républicains d'Ile-de-France Valérie Pécresse. "Quand Mme Pécresse, pour la citer nommément, va, avec 48 heures de retard sur les lieux, elle y va accompagnée d'une caméra pour jeter de l'huile sur le feu, je trouve ça détestable et cela ne règle rien", a encore affirmé Mme Vallaud-Belkacem.

La présidente LR de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, après s'être rendue sur les lieux, a en effet annoncé jeudi en séance plénière que le conseil régional mettrait "des caméras" à l'intérieur des lycées qui en feront la demande, "avec l'accord de la communauté éducative". Elle a souligné que la région avait voté "en mars dernier l'installation de 28 caméras" autour du lycée.
Mais mardi, "c'est dans le lycée que se sont produits ces actes", a-t-elle insisté, soulignant que l'établissement, loin d'être "le symbole des quartiers oubliés", disposait de matériels informatiques et de cinéma importants, car il prépare au BTS des métiers du Cinéma. "Je connais ce lycée, je veux participer à sa réussite. C'est un lycée exemplaire, exceptionnel de qualité", a-t-elle insisté, soulignant qu'il était aussi le premier où ont été lancées les Cordées de la réussite" créées en 2008 pour promouvoir l'égalité des chances des lycéens dans l'accès aux études supérieures.
Le groupe écologiste a dénoncé la décision de l'exécutif régional "d'accéder à la demande de deux lycées parisiens d'installer des caméras de vidéo-surveillance dans l'enceinte même des lycées".
 

Plan d'urgence

Cette affaire de vandalisme vient se greffer sur un débat tendu, en cours actuellement, sur l'avenir des lycées en Île-de-FrancE. La région a en effet adopté jeudi un "plan d'urgence" pour la rénovation ou la construction de lycées franciliens d'ici 2027, d'un montant de 5 milliards d'euros, qui prévoit la possibilité de partenariats public-privé (PPP), dénoncés par l'opposition.
Au total, le plan pluriannuel d'investissement révisé (PPI) des lycées représente 5 milliards d'euros, dont 4 milliards pour les investissements et 1 milliard pour la maintenance. Dans ce cadre, 12 lycées neufs seront construits pour un montant de 500 millions d'euros. "Nous nous réservons la possibilité de recourir aux PPP sur ces constructions nouvelles, soit sur 10% du PPI. 90% de l'argent dépensé pour les lycées publics seront en maitrise d'ouvrage publique", a cherché à rassurer la présidente.
Valérie Pécresse a ironiquement cité l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron, qui n'est pas opposé à ces PPP, soulignant que l'ancien chef de file de l'opposition socialiste lors de la campagne des régionales, Claude Bartolone, s'était rallié à lui.
Depuis le début de son mandat, la majorité (LR-MoDem-UDI) souligne qu'un lycée francilien sur trois est vétuste en raison d'un défaut d'investissement majeur de la précédente majorité et de délais de construction trop longs.
Le PPI prévoit 269 opérations de rénovations ou construction pour 197 lycées, et 21.600 nouvelles places créées (12 lycées neufs, 26 extensions de lycées existants), ainsi que 3.000 places d'internat.
Le FN a souligné que "ce n'est pas parce que vous doublez les dépenses d'investissement (par rapport à la précédente mandature, ndlr) que vous allez accélérer les procédures. Il faut actuellement 8 ans pour rénover un lycée. Rien ne nous dit que ça ira plus vite avec vous".
Le PS a dénoncé un "PPI d'affichage et en trompe-l'oeil", les écologistes ont estimé qu'il constituait un "cheval de Troie pour la libéralisation du marché de l'Education" et ont rappelé, comme les Radicaux de gauche, que la Cour des Comptes avait pointé les dangers des partenariat public-privé pour les finances publiques. Le Front de Gauche s'est inquiété que l'exécutif soit seul décisionnaire sur ces partenariats.

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