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Les centres d'hébergement au bord de la rupture

Les centres d'hébergement au bord de la rupture

Le président du Samu social alerte sur l'état de l'hébergement d'urgence en Île-de-France, alors que la fin de l'hiver est proche.

"Il n'y a pas assez de place. Il y a encore trop de monde dans la rue." Pour Éric Pliez, président du Samu social de Paris, le constat est alarmant. Selon l’organisme qui gère le 115 parisien (environ 1 500 appels par jour), quelque mille places d’hébergement vont fermer d’ici à la fin de l’année. « C’est très inquiétant de démarrer le printemps avec d’aussi mauvaises perspectives » confie son président Eric Pliez, qui a envoyé un courrier d’interpellation au préfet de région Michel Delpuech, à Anne Hidalgo et à Valérie Pécresse. Deux facteurs se cumulent. D’abord la fin du plan hivernal qui a vu cette année un déploiement sans précédent de 1 400 lits dans la capitale. Mais surtout la fermeture avant fin 2017 de 950 places en centres d’hébergement d’urgence (CHU) ouverts à l’année. Des structures aménagées de façon temporaire dans des bâtiments mis à disposition la Ville, de l’Etat ou des entreprises, avant démolition ou travaux.
C’est très angoissant de ne pas savoir où l’on habitera à la fin du mois, c’est très difficile à vivre ». A l’image de Perle, 67 ans, qui s’est retrouvée là en janvier après un an à dormir dans les bus, les 86 occupants du centre d’hébergement d’urgence (CHU) du 180, rue Pelleport (XXe) ne savent pas où ils séjourneront après le 31 mars. A cette date, leur centre, aménagé depuis fin 2015 dans une ex-maison de retraite de la Ville de Paris en attente de réhabilitation, fermera ses portes pour travaux. Une situation loin d’être isolée, assure le Samu social de Paris qui s’alarme de la sortie de l’hiver pour les nombreux sans-abri parisiens.
 
« L’Etat a fait beaucoup ces derniers temps, reconnaît Eric Pliez. Ce que je déplore c’est le manque d’anticipation de ces fermetures. » Une mise en cause qui fait réagir à la préfecture de région. Sur les 1 400 lits « saisonniers » déployés dans le cadre du plan hiver, 600 seront pérennisés au-delà du 1er avril, annonce-t-elle. « Quant aux 950 places en centres d’hébergement, nous avons déjà retrouvé 464 places en substitution et on cherche les autres : on est dans une gymnastique permanente », assure-t-on au cabinet de Michel Delpuech. Le préfet est formel : « l’Etat mettra tout en œuvre pour qu’aucune place ne ferme ».

Remettre des personnes à la rue

Reste que selon le président du Samu social, « on sait pertinemment que ces futures ouvertures ne suffiront pas ». « Ce qui est scandaleux, c’est qu’on va remettre à la rue des personnes qu’on a accompagnées pendant des mois », déplore-t-il. Au centre Pelleport géré par l’Armée du Salut, son directeur Emmanuel Ollivier, explique avoir alerté les autorités depuis janvier pour anticiper. En vain. « Tous les jours, les femmes viennent me voir une à une : tout le monde angoisse, raconte-t-il. Ici, on accueille des personnes malades ou en souffrance psychique, des personnes âgées, des lycéennes, des jeunes majeures… Des gens avec qui on a beaucoup travaillé et dont l’accompagnement risque de se casser la figure si elles sont justes mises à l’abri, sans hébergement adapté ».

Pour le président du Samu social, il devient urgent de réformer un système à bout de souffle. « Il faut sortir de la gestion départementalisée de l’hébergement d’urgence et agir à l’échelle métropolitaine, exhorte Eric Pliez. Mais pour cela, il faut un volontarisme sans faille de l’Etat pour tenir bon face aux égoïsmes des élus locaux qui n’ouvrent pas facilement leurs portes. Quand le préfet de région agit de manière très déterminée, ça marche : on l’a vu avec l’opération exemplaire du centre pour migrants de la Chapelle (XVIIIe) ».

 
En 2010, un seuil a été franchi, les services d’urgence du Samu social ont hébergé davantage d’enfants et de parents que de personnes seules. Il y aurait 10 280 familles sans logement en Ile-de-France, soit 35 000 personnes, dont 17 660 enfants de moins de 13 ans. Et cette part ne cesse de croître en Europe. Cette question est cruciale. En France, les personnes sans domicile ont augmenté de plus de 50 % entre 2001 et 2012.

1800 nouvelles places ?

Une bonne nouvelle vient éclaircir ce panorama : une filiale de la Caisse des dépôts et des Consignations vient de racheter 14 établissements en région parisienne, soit environ 1800 places.
Ces places d'hébergement seront utilisées par le Samu social dans un contexte de crise du logement d'urgence. Environ un tiers des hôtels cédés sont situés en Île-de-France, où les besoins sont les plus forts. Aujourd'hui une chambre en formule 1 vaut autour de 50 000 euros. 34 000 personnes sont logées tous les soirs dans des hôtels tout autour de l'Île-de-France. 

La population à laquelle vient en aide le Samu sociale a profondément changé : le plus surprenant est que le Samu social doit également venir en aide à de très nombreux travailleurs pauvres (25%), ce qui illustre parfaitement la problématique de l'accès au logement en Île-de-France.

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